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Sports & Loisirs

Peut-on considérer la chasse comme un sport ?

L’usage de caméras embarquées, dites GoPro, s’est popularisé dans quasiment tous les sports, notamment outdoor. Immanquablement la chasse n’a pas échappé à cette tendance et le débat fait rage entre les partisans de l’utilisation de ces cameras et ceux qui y voient là un risque en terme de sécurité à la chasse.

Au-delà des aspects sécuritaires, se pose une question de fond : la chasse est-elle un sport comme les autres ?

Historiquement, la chasse, tout comme la pêche et la cueillette, sont des activités dites de prédation. Autrement dit, des activités d’acquisition, de prélèvement des éléments de la flore ou de la faune visant à satisfaire des besoins primitifs alimentaires. Considérées dans l’opinion publique comme des activités de « nature », le ministère des sports attributs cependant un caractère sportif aux activités de prédation. Certains affirment également que nous sommes face à des activités sportives étant donné qu’elles présentent des enjeux sociaux et culturels qui s’accompagnent de conflits d’usage impliquant les utilisateurs sportifs de la nature. Se dessine alors une nouvelle image de la chasse, celle d’un loisir pratiqué comme un sport codifié par le fair-play envers l’animal.

Des motivations différentes selon le profil sociologique du chasseur

Si nous nous plaçons du côté des pratiquants il est intéressant de confronter les visions de chacun quant au caractère sportif ou non des activités de prédation.

Une étude a d’ailleurs été menée par Julien FUCHS et Frédérick GUYON en 2013 (Se dire sportif dans les pratiques de prédation en France) auprès de pratiquants d’activités de prédation. Elle a notamment révélé que 40% définissent spontanément leur pratique de prédation comme sportive.

Pour ce qui est de la chasse plus particulièrement, cette étude faire apparaître deux profils différents de chasseurs :

Le chasseur non sportif

Il s’agit d’un chasseur urbain, issu d’une catégorie socioprofessionnelle moyenne. Son expérience de chasse est souvent récente (moins de 15 ans). Pour lui la chasse est avant tout une dépense physique et il est soucieux de préserver les ressources naturelles.

Le chasseur sportif

Ce chasseur-là est un chasseur rural. Son expérience de chasse est beaucoup plus importante (au moins 15 ans). Selon lui, le chasseur est avant tout un prédateur consommateur, à la recherche d’une certaine authenticité, pouvant même aller jusqu’à l’usage de la symbolique du primitif qui arrive à survivre dans la nature.

Les chasseurs plus urbains (que l’on appelle aussi communément les « néo-ruraux »), et qui représentent souvent de nouveaux chasseurs, auraient donc tendance à ne pas être animés par cet aspect sportif de la chasse à l’inverse des chasseurs ruraux. Le caractère sportif de la chasse va notamment se révéler à travers les attitudes et la gestuelle du chasseur (tenues techniques, matériel sophistiqué). La recherche de la performance apparaît également au cœur des convictions des chasseurs, à l’exemple des trophées de chasse.

Nous pouvons cependant nuancer ces conclusions. En effet, selon nous, les chasseurs plus âgés vont nettement distinguer la chasse de la pratique d’un sport. Les jeunes en revanche auront tendance à considérer la chasse comme un sport afin de se démarquer de pratiques de chasse qui sont loin de leurs propres perceptions : la « chasse prélèvement » ou encore la chasse « bourgeoise ».

La chasse sportive, une tentative de justification de l’activité ?

Hormis ces différences sociologiques notables chez les chasseurs, la constitution d’une image du chasseur sportif pourrait exprimer les nécessités d’adaptation aux nouvelles conditions de la pratique. La restriction de la chasse au dimanche par exemple permet aux chasseurs de pratiquer uniquement le matin et de réserver leur après-midi à leur famille. Si l’on va dans ce sens, la chasse devient le « loisir du dimanche matin ». Autre exemple, il est clair que la connaissance des espaces est moins approfondie chez les chasseurs d’aujourd’hui. Le bois, la plaine tendent à devenir l’équivalent d’un terrain de sport, simple support d’une activité.

Si autrefois la chasse était le loisir paysan par excellence, elle s’inscrit aujourd’hui dans un ensemble d’activités complémentaires ou concurrentes.

Nous assistons ainsi à une tentative de justification de l’activité : une activité s’inscrivant dans un cadre nature, à l’égard des autres pratiques outdoor, et surtout un bon moyen de se maintenir en forme.

L’élaboration d’un nouveau discours de justification de la chasse et la constitution d’une nouvelle représentation de la pratique qui fait du chasseur un sportif respectueux des milieux naturels et soucieux du fair play à l’égard de ses compagnons de chasse et de sa « proie » peuvent également apparaître comme une réponse aux critiques contre la chasse populaire traditionnelle, souvent stigmatisée.

Alors la chasse, sportive ou pas ? Tout dépend de ce que le chasseur y cherche, de ce qu’il y trouve et de sa propre évolution. Souvent on considérera la chasse comme « Loisir sportif ».

Dans une logique de légitimation de la pratique, l’approche sportive assumée n’est-elle pas une voie intéressante à creuser ?

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