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Qu’est qu’être français ?

Mathieu L., un blogueur que j’aime bien, m’a invité avec d’autres à répondre à cette question « Mérites-tu ta nationalité française ? »

Je précise que je l’aime bien non pas à cause de ses prises de position (avec lesquelles je suis souvent en désaccord), mais parce qu’il a de vraies qualités d’échanges et de discussion.

Sa question m’a paru étrange : pourquoi parler de mérite ? J’aurais spontanément posé la question suivante : « Qu’est-ce qu’être français ? ». Mais cela revient au même : pour savoir si l’on mérite d’être français, il faut bien se demander ce qu’est être français.

Mon histoire familiale, donc personnelle, m’impose de commencer ma réponse par mes grands-parents. Mon grand-père paternel, juif autrichien, est venu en France parce qu’il sentait le vent tourner, et l’antisémitisme monter dans son pays. Il s’est converti au catholicisme (principalement pour se marier avec ma grand-mère, je crois, car il était selon moi plutôt athée), et a appris le français comme peu de français le connaissent. Il l’a étudié, et l’a aimé. Mes grands-parents maternels, bretons tous deux, ont été obligés vers six ou sept ans d’apprendre le français. Interdiction de parler breton à l’école. Passage forcé au français. Mais, en ce qui concerne mon grand-père du moins, ils ont aussi fait un effort pour apprendre cette langue, et – je pense – l’aimer. Je ne saurais dissocier, donc, dans mon esprit, le fait d’être français d’une farouche volonté d’apprendre et de connaitre la langue, et la culture française. Quelle intégration, quelle appropriation sans apprentissage de la langue ? Quels échanges possibles, quelles interactions, sans une maitrise de la langue ? Cela est vrai de n’importe quel pays, certes. Mais pour la France : être français, c’est faire l’effort d’apprendre le français. Celui ou celle qui ne fait pas cet effort, ne mérite pas sa nationalité française, pour répondre à Mathieu L.

L’histoire de France me semble tout de même aussi reliée de manière forte à l’humanisme des Lumières, et à la laïcité. Les droits de l’homme font aussi partie de notre histoire. On retrouve ces idées, il me semble, en grande partie dans la devise nationale : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Liberté, droits naturels de chaque individu. Egalité, devant la loi. Fraternité, humanisme philosophique. Il y a une sorte de tension entre cette égalité voulue, et cette fraternité exigée. Marier les différences, sans les nier, mais pour s’en enrichir dans l’unité. Les citoyens sont différents, divers, mais la nation est Une.

L’adhésion à ces idéaux d’humanisme, de liberté, d’égalité devant la loi me parait assez bien définir ce qu’est être français, au-dessus de tous les clivages politiques. J’y ajouterais la laïcité. Et donc, quiconque rejette ces valeurs, ou les piétine par ses actes, ne mérite pas d’être français. Pour mériter ma nationalité, je fais mienne ces valeurs, et compte bien les porter du mieux que je peux : dans ma vie privée, comme au niveau politique. Il me semble que la France a une vraie tradition politique libérale, souvent ignorée par les journalistes marxistes. Elle n’en est pas moins réelle. A nous de marier cette tradition libérale et humaniste, avec la défense concrète des valeurs des sociétés ouvertes.

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