Querida Mara, cartas de un viaje por la Patagonia
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Querida Mara, cartas de un viaje por la Patagonia – Carlos Echeverria

Qu’on ne se s’y trompe pas. Les paysages de cartes postales enneigés qui illuminent Querida Mara ne flattent l’œil du spectateur que pour mieux le saisir lorsque s’imprime sur la pellicule une réalité sociale qu’on souhaiterait d’un autre temps. Magnifique chronique d’une poignée de travailleurs Mapuches soumis au joug de l’exploitation, le film de Carlos Echeverria vaut aussi et surtout par les détours silencieux de l’intime qu’il emprunte pour mieux faire jaillir, in fine, une force de vie salutaire.

Une narration épistolaire et imaginaire contre l’oubli

Faire le choix de la correspondance épistolaire pour structurer un récit singulier, c’est mettre sur le devant de la scène à la fois la distance qui sépare les anti-héros du film de leur famille, et l’oubli dans lequel fut enterré l’histoire du peuple Mapuches. Sur fond de tonte de moutons saisonnière chez les grands propriétaires terriens de Patagonie, se tisse le drame des descendants des Indiens argentins victimes de la guerre de pacification menée par les colons occidentaux au XIXe siècle.

Vivant pour la plupart dans la province misérable de Corrientes, ces esclaves modernes n’ont d’autre choix que de louer leur force de travail pour des salaires de misère à des exploitants sans scrupule incarnant un capitalisme d’école. Si le fond du propos se veut violemment politique, Echeverria échappe au discours démonstratif pour structurer son film dans une poétique du marxisme où le rapport aux grands espaces donne une dimension autrement plus équivoque au film. Sillonnant un écrin de mille beautés, le bus et ses bêtes de somme offre à la caméra des plans fixes à la géométrie savamment pensée, où les sommets enneigés des Andes succèdent aux immenses plateaux désertiques pour se fondre au final dans un horizon dessinant plus sûrement un lieu de perdition, une route qui ne mène nulle part, qu’une invitation à la contemplation béate. D’un côté donc, l’exil forcé, six mois durant, d’une poignée de Journey Men tout droit sortis d’un roman de Steinbeck, condamnés à rassembler quelques billets pour que vive la famille.

Au bout du millier de kilomètres qu’il faut parcourir, zoom sur des conditions de travail d’un autre âge : Sisyphes arc-boutés sur leur labeur neuf heures par jour, ces forçats doivent surtout affronter les étables glaciales en guise de dortoir, la douche en option et les descentes à – 14° C. Courber l’échine, donc, motus sur les bouches parfois inquiètes jusqu’à la résignation, tant de silences sur des visages pourtant encore enfantins et sur lesquels on devine, on découvre, voix off à l’appui, l’histoire d’un peuple humilié, violenté, décimé. Qui s’en souvient ?

Dans le nu des grands espaces

En regard de l’histoire tragique de ce peuple indigène, les Mapuches, Querida Mara tire sa force d’un regard profondément empreint d’un humanisme à fleur de peau, ne versant jamais dans le misérabilisme. Le réalisateur prend le parti d’une HD plus proche de la pellicule, avec son grain épais et ses couleurs chaleureuses, pour faire résonner à l’œil tout l’équivoque d’un chemin de croix. En outre, ce parti pris esthétique donne ampleur et majesté à une nature immaculée. Il figure également le violent contraste avec la laideur délavée et le sordide des bidonvilles dans lesquels survivent les familles Mapuches.

Il permet enfin et surtout de toucher au plus près des visages, mêlant la mélancolie résignée de l’adulte désenchanté et la persistance d’une insouciance salvatrice et exaltée tout enfantine. Des parties de foot endiablées aux coups de téléphones fébriles à la famille, d’une partie de cartes à siroter du maté à la ballade sauvage le long des rochers violentés par un avis de tempête, Echeverria tisse avec douceur et révolte le portrait empathique de personnages obstinément imprimés dans le coin de notre rétine. A travers le récit d’une perte, territoriale, culturelle, identitaire, le film dessine en filigrane et par le biais de l’intime une certaine idée d’une mondialisation dévastatrice qui atomise tout particularisme.

Si, au final, le réalisateur revendique haut et fort et assume son parti pris militant, la réussite de l’entreprise tient avant tout à la confiance accordée aux moyens du récit cinématographique, construction du plan, photographie, distance adéquate dans l’art du portrait pour permettre au spectateur d’investir librement un espace sensoriel de réflexion. A partir de ce postulat, le film déroule librement et habilement une histoire simple où le destin particulier d’une bande d’ouvriers agricoles au fin fond de la Patagonie touche à la condition universelle des humiliés et offensés.

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