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IMSI catcher, surveillance de masse et Big Brother Français ?

On parle beaucoup de boîtes noires en ce moment. Quand ce n’est pas un avion Rio-Paris qui se noie, c’est un co-pilote qui se suicide. Et quand ce n’est pas un co-pilote qui se suicide, c’est le Premier Ministre qui prévoit une loi sur le renseignement. Son idée ? Utiliser des boîtes noires (pas les mêmes que dans les avions) pour bénéficier de nouveaux moyens pour nous protéger du terrorisme. Qualifié de liberticide par ses détracteurs, ce projet de loi a connu une opposition assez forte de la part de nombreux acteurs du numérique en France. De quoi s’agit-il ?

IMSI catcher, qu’est-ce que c’est ?

Comme je suis un profane en matière de numérique et que vous l’êtes peut-être aussi, je vais éviter de vous dire simplement que ces boites sont des IMSI catchers avec des GSM dissimulés. Je vais essayer d’être un peu plus clair : pour permettre aux services de renseignements de faire face aux nouveaux défis que présente l’internet en matière de sécurité et pour lutter contre le recrutement de djihadistes, le gouvernement est forcé de se doter de nouveaux moyens. Cela me paraît naturel, étant donné qu’on ne souhaite pas voir se reproduire des attentats tels qu’on en a vu début Janvier dernier. Mais que sont donc ces nouveaux moyens dont les services secrets bénéficieront ?

Tout d’abord, l’identification et l’interception des téléphones mobiles. Je vous parlais tout à l’heure des « IMSI catchers », qui sont de fausses antennes relais de téléphonie mobile. Cette machine est assez petite pour tenir dans un sac à dos ou une valise, donc peut facilement être transportée. Leurrés, les téléphones portables à proximité de cet engin se connecteront dessus et les méta-données seront interceptées et visibles par le détenteur de l’IMSI catcher.

Alors que sont les méta-données ? Il s’agit des « données à propos des données », c’est-à-dire des informations sur un SMS ou sur un fichier donné. Il peut s’agir de l’origine du fichier (exemple : « 06 92 88 XX 74, téléphone de Patrick Dupont ») et de la date et de l’heure d’envoi de celui-ci, ou encore du destinataire du message. Mais ne vous rassurez pas en vous disant que les méta-données seules ne permettent pas de donner le contenu du message ! On dit que ces méta-données sont très bavardes : le sénateur Claude Malhuret, UMP, euh pardon Républicain, les considère même « beaucoup plus intrusives » que le contenu des données. « Monsieur X, marié et père de deux enfants, se connecte tous les quinze jours à un site de rencontres extraconjugales. Monsieur Y se connecte une fois par semaine à un site de rendez-vous homosexuels. Ceux qui peuvent recueillir ces données n’ont pas besoin de savoir quel est le contenu des pages web visitées », a-t-il expliqué au Sénat le 2 Juin.

Et ce n’est pas tout : en plus de pouvoir se permettre de fouiller le portable des bons comme des mauvais citoyens, le gouvernement pourra imposer à nos fournisseurs d’accès internet de s’équiper des fameuses boîtes noires. Celles-ci peuvent également être imposées à d’autres services internet comme Youtube, Facebook, etc. Le but de cette manœuvre est louable : détecter une menace terroriste avant qu’il ne soit trop tard. Mais ce qui m’inquiète, c’est que dans les faits, les boîtes noires cherchent surtout à dénicher un « comportement déviant ».

Un comportement déviant, cela peut-être un individu qui regarde des vidéos d’appel au jihad, ou un gamin qui fait comme moi à dix ans ! A cet âge, j’entendais beaucoup parler de Ben Laden, et pour aider les gentils, j’avais eu l’idée de rechercher « Rejoindre Al-Qaïda » sur Google, pour obtenir des informations et les partager avec l’armée. Histoire de me rendre utile. Bon, je n’ai pas eu beaucoup d’informations, mais l’intention était là. Aujourd’hui, si « rejoindre Daesh » ou « Rejoindre Al-Qaïda » est considéré comme un comportement déviant, ce qui est probable, alors beaucoup d’honnêtes gens auront d’après les services de renseignement quelque chose à se reprocher… et risqueraient d’être injustement surveillés.

Nous avons vu deux des principaux « nouveaux » moyens dont disposeront les services de renseignement pour nous surveiller protéger. Attardons-nous sur l’effet réel qu’aura la loi sur le terrorisme… Outre le départ de start-ups françaises vers l’étranger où ce genre de surveillance n’existe pas, ce qui est très mauvais pour l’économie numérique française, arrêtons-nous sur le propos d’Alain Zabulon, coordinateur national du Renseignement : il y aurait en France « 3000 personnes qui, représentent, à des degrés d’intensité variable, une menace pour notre sécurité ». Il s’agit donc pour le gouvernement de surveiller potentiellement 66 millions de français pour se protéger de 3000 gus soit… attendez je sors ma calculatrice. Ah ! Voilà. 0,0045%.

Collecter les infos de tout un pays pour que ça aboutisse peut-être 0,0045% du temps ! Et encore, il faut tenir compte du fait que tous ceux qui représentent un réel danger, ceux qui sont préparés pour nous refaire un 7 Janvier, eux ont sûrement pris leurs précautions : de nombreux moyens existent pour se rendre invisible sur le Net, comme le réseau Tor. Également, Qwant, le moteur de recherche (français, #Cocorico) n’utilise pas les données personnelles des utilisateurs, comme d’autres systèmes gratuits qui permettent de protéger leur vie privée… et se rendre indétectable. Ces mesures n’aboutiront pas. En revanche, le coût de la surveillance de masse, tous les Français le paieront.

Le débat entre les défenseurs de la liberté et ceux de la sécurité a toujours existé et est de plus en plus présent aujourd’hui à cause du numérique. Les Etats, comme les politiciens, tombent rarement d’accord sur l’équilibre à trouver entre les deux, et cette question s’est même introduite dans le monde des comics, notamment avec V pour Vendetta, ou Civil War de Marvel (un monument de la BD américaine que je conseille vivement) … Bref, cette opposition n’est pas près de disparaître, à en croire la situation actuelle. Benjamin Franklin lui-même avait prédit, 300 ans plus tôt qu’« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

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