Glorious exit - Kevin Merz
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Glorious exit – Kevin Merz

Dans la résurgence d’un passé qu’il croyait enterré, un homme doit faire face à l’urgence d’un deuil au cœur du Nigeria. Soudain les repères identitaires se brouillent, les funérailles attisent les rancœurs claniques, et pourtant Glorious Exit prend le parti de la comédie humaniste pour désamorcer le drame familial. A partir du canevas de l’improbable filiation, Kevin Merz déploie un petit bijou de narration épique au plaisir communicatif, dans une grande opération de rabibochage collectif.

Funérarium baroque à ciel ouvert

Si le fil conducteur de cette 30ème édition tourne autour de la notion de perte dans ses acceptions les plus diverses, Glorious Exit s’inscrit les deux pieds en avant dans cette ligne directrice. Jarreth est acteur à Los Angeles. Il apprend la mort de son père, un célèbre médecin nigérian. Par la même occasion, on lui signifie qu’en tant que fils aîné, la charge d’organiser les funérailles lui incombe. Problème : élevé par sa mère allemande, Jarreth ne garde que d’infimes souvenirs de son père et de ses racines nigérianes. Qu’importe, il relève le défi et met un point d’honneur à célébrer la disparition de ce cher inconnu. Le cinéaste, demi-frère de Jarreth, lui emboîte le pas, glisse la caméra HD dans les valises avec une idée en tête, réaliser un portrait, in situ, de Jarreth sur une scène dont il ne connaît ni la mise en scène, ni les dialogues, ni les réactions de l’audience. L’acteur saura-t-il puiser dans ses ressources pour conduire une improvisation sous haute tension ? Malgré la gravité de la situation, le cinéaste prend d’emblée le parti de la comédie de mœurs, où la veine burlesque de situations cocasses donne au film un tempo allant crescendo, une respiration épique qui manie l’empathie avec pertinence.

Au registre des incongruités et autres petites contrariétés : l’intimité des funérailles est une notion toute relative, les deux clans familiaux et les proches gonflent à plusieurs centaines le nombre des « invités ». Il faut prévoir deux vaches, dont une pour le clan maternel. Sans quoi, il boycottera la cérémonie. Les menaces d’empoisonnement sont à prendre au sérieux. Deux groupes de musiques sont convoqués. C’est un de trop. Un autre groupe, électrogène celui-là, tourne à vide, mais la lumière ne fonctionne pas. Au final, Jarreth s’emploie à arracher les derniers cheveux de son crâne lisse lorsqu’apparaît la douloureuse que personne ne peut payer.

Perte filiale pour quête identitaire

Au-delà de la veine comique souvent jubilatoire, la réussite du film tient aussi et surtout au portrait que le cinéaste dresse de son demi-frère. Figure centrale du film, Jarreth impose sa présence solaire, mélange de magnétisme placide et de démarche altière. Tel un grand seigneur en terrain inconnu, parfois hostile, il fait jouer à plein son sens de l’écoute et de la négociation pour atténuer les rancœurs vivaces entre les deux clans, pour veiller à ramener constamment plein cadre la raison pour laquelle tout ce beau monde est réuni : l’hommage au père défunt. En bon capitaine d’équipe, il ne cesse de prôner l’union sacrée, rassemble toute sa lucidité, tempère son exaspération pour mener à bien la mission qui lui a été confiée. Dans cette épreuve du feu, il fait l’expérience initiatique d’une culture, de coutumes enfouies au plus profond d’une société qu’il découvre, jauge et apprécie à l’aune de son regard d’occidental. Au fil de la cérémonie, le lien se tisse entre demi-frères, et Jarreth serpente entre la posture de l’acteur principal et celle du confident. Dans l’objectif d’une caméra soudain au diapason d’un clair-obscur intime, s’échappe à demi-mots la frustration de ceux qui se sentent prisonniers de la corruption, du chômage endémique inhérent au fonctionnement d’un pays livré au chaos.

Accoudés au balcon, les regards mélancoliques se perdent alors dans la brume et le brouhaha d’une ville en décomposition qui ne leur renvoie que trop le sentiment de leur propre échec. Jarreth ne rechigne pas à enfiler une dernière fois les habits du grand frère pour compatir à la douleur tout intérieure de ses frères de sang. Au final, Kevin Merz montre assez d’intelligence pour tenir à distance la relation à son frère, et place celui-ci au centre de son propos. C’est alors que Glorious Exit peut se vanter de faire œuvre de cinéma, dans la générosité d’un regard empli de tendresse, de drôlerie et de simplicité. Ne débordant jamais sur le larmoyant, le film trouve sa résonance à travers la force et la grandeur d’âme de celui qui s’improvise chef de cérémonie. Au-delà de la brutale confrontation culturelle, le film mène en sous-main une habile réflexion sur l’expérience identitaire à laquelle se heurte Jarreth, celle d’un homme qui revisite ses origines à l’aune d’un évènement douloureux.

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