7 ans - Jean Pascal Hattu
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7 ans de Jean Pascal Hattu

Comment une femme survit-elle à son couple lorsque l’autre entre en prison ? Un film pris par l’absence et le désir sur une Heure Bleue de Guerlain. Seul goût de luxe pour trois corps s’aimant à l’impossible en milieu carcéral. Jean Pascal Hattu cadre au minimal le réel par la vie dure, pour un très beau portrait n’évitant pas quelques maladresses.

Maïté, jeune mariée, aime son homme en prison. Son quotidien ressemble au linge qu’elle lave, repasse, parfume et ramène aux heures fixes du parloir. Un semblant de vie par la répétition, l’habitude, la certitude d’une tendresse emmurée. Où il suffit de croire, de s’appliquer pour tenir. Un amour qui ressemble à la foi.

Du beige au vert sombre par le rouge, la scène d’ouverture au repassage place d’emblée le film sur un terrain de mise en scène qu’il ne lâchera plus. Les formes sont partout, se resserrent, se concentrent. Lignes, rectangles, triangles, tout semble se rétrécir et se fondre en vertical. Un cadre à l’espace d’une prison, pour une vie d’autant mieux rangée qu’on la passe pour moitié à l’ombre.

Le carcéral indélébile, double peine pour les femmes.

Car il n’y pas qu’un prisonnier dans 7 ans. Il n’y pas qu’un absent. Qu’importe la raison, la relation, le rapport qui lie un corps à ces murs. Dès lors qu’on se confronte au carcéral, on en ressort avec un sceau, une marque d’enfermement dont on se dégage mal. Quelque chose reste en vous et s’attache à la peau, l’espace ayant cette force de déteindre sur les êtres.

Une femme au dehors, deux hommes à l’intérieur. Si chacun porte au départ son rôle bien défini, le film bascule vite à la brèche d’une parole. Maïté visite son homme sous l’œil du gardien avant que celui-ci ne la visite sous l’oreille du mari. Un jeu d’ouverture, de clôture et de chair, où chacun tient l’autre prisonnier d’un jeu de dupes. Des odeurs, des regards, des corps à l’appel du frottement. Où la voiture double un parloir pour la pente minimale d’une mise en scène très sûre.

Mise en scène par les murs

Hattu filme l’absence dans son cadre même. Une femme assise à une table, qui mange seule près d’un poste de radio, cadrée entre deux planches de noir, prison de l’intime où les voix semblent manquer au moins autant que les corps. Une chaîne, un commentaire de foot servent de lien passe-muraille, tout en ouvrant une métaphore. Les hommes s’agitant sur le terrain entre coup de sifflet et balle au centre n’apparaissent pas dans le cadre. Et pour cause, ne s’agit-il pas de ces deux hommes en cage qui se partagent une femme ?

Chaque appel d’air, de vie, revient alors en boomerang contre un mur. Dynamique paradoxale d’une existence entre neuf mètres carrés, que l’on retrouve chez les personnages mais aussi dans les lieux. Ainsi, l’enfermement de Vincent devient celui de Maïté. La maison d’en face où la jeune femme s’occupe du petit Julien se définit d’ailleurs en parfait double de la prison. Le portail de fer, l’escalier, les portes closes ou entrouvertes, le désert affectif surtout que la jeune femme, dans un lieu comme dans l’autre, s’essaye à combler au mieux. Il ne faut pas qu’elle fasse de fautes.

La mort à l’œuvre par l’entre-deux

Coincée entre deux hommes, deux maisons, ne reste de Maïté que son corps un peu fantôme de chair, passant d’un espace, d’un amour à l’autre sans pouvoir ni oser vraiment exister. La double scène chez l’esthéticienne, bijou d’écriture cinématographique, montre la culpabilité toujours à l’œuvre chez l’épouse du taulard supposée libre sur le papier. Un mythe vite réduit à poussière lorsque la jeune femme, magnifiée de lumière, s’enferme dans un caisson en forme de cercueil.

Cette mort symbolique propre à tout système carcéral punit deux fois celles qui sont innocentes. Lorsqu’aimer l’autre revient à partager sa peine, faire lentement deuil de soi pour n’exister que par fragments – un bout d’image, un souffle, un son de voix, mais en vain. Car quand bien même comblée un temps d’odeurs et de bouts de tissus, rien n’empêche la souffrance. L’absence, le vide au centre, continuent de murer tête et corps.

Le réel par la vie dure

Ce jeu de double croise d’ailleurs d’autres personnages. Le corps enfermé de Vincent se dédouble au dehors par ceux du gardien et de l’enfant. Pourtant, ni la tendresse de l’un ni le sexe de l’autre ne suffisent tout à fait. Des corps se prennent au réduit d’une Mégane. Qu’importe si le champ est immense. Une armature de tôle pour une prison d’amour, un bal de pompier sous la voix lancinante de Daho, le cendrier sur l’Equipe et les coupes de foot sur la chaîne stéréo. Hattu filme ce réel là avec une sincérité que rehausse encore Cyril Colley par sa très belle présence.

Hattu reprend Dumond et filme la vie dure. Surtout, il s’attache à ces corps, cet univers de murs vides, ce glissement progressif vers la perte de contrôle, vers la perte du temps. Où chacun s’épuise à ne pas être invisible pour l’autre et n’y parvient jamais vraiment. Des gens simples blessés d’amour à la gorge qui se débattent dans des trajectoires impossibles, happés dans un jeu de dupes qu’aucun ne contrôle et qui pourtant les détruit tous.

Un gardien passe-muraille du désir.

Huttu filme le paradoxe en point nodal, cette sorte d’appel à la folie qui résonne en prison. Un homme veut tout entendre et se refuse à voir. A la fois victime et bourreau, il demande un bandeau pour se couvrir les yeux, et se condamne à revivre une souffrance qu’il a lui même provoquée. Petite musique de corps fragiles pour des doubles qui s’attachent, se tiennent et se trahissent en petites bêtes crevées de désirs.

On peut tout prendre d’ailleurs, sauf le regard et le désir. Ce n’est pas la moindre des réussites de 7 ans que de faire du gardien le personnage le plus attachant du film. Un homme qui joue, perd et tombe. Un long plan sur une route en descente, une musique qui s’accélère comme le temps s’accélère, comme le désir s’accélère. Une porte de frigo ornée d’une carte de Guyane. Un homme qui cherche le soleil quand le seul du film est imprimé sur un sac de visite.

Le problème vient d’un petit lot de scènes trop appuyées, trop écrites, habillées d’une guimauve enfantine ruinant quelque peu la cohérence d’ensemble. Un personnage de trop, en somme, dont le transfert à l’écran sert d’inutile baudruche émotionnelle. Au rituel de l’appel au parloir, le train laisse donc filer l’absente en mère de substitution.

Maïté se fond, termine sa course près d’une larme peinte en blanc sur un bord de nationale. Ou sous les neiges d’Auvergne pour un grand bol d’air pur. Elle finit par stopper, sans réfléchir, comme lui disait Vincent – le coup d’arrêt d’une vie pour gagner bonne conduite. Au final, un bel hommage à la force des femmes de prévenus mis en scène au cordeau malgré quelques maladresses. Jean Pascal Hattu signe un premier long par la tôle, l’absence, et le désir en plein. Gageons qu’il ne faudra pas 7 ans pour attendre le second.

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